La cour d'appel de Nancy a donné raison, mercredi 17 juin, au groupe Hersant
Média (GHM), actionnaire minoritaire du groupe Est républicain, qui
réclamait l'annulation de la prise de contrôle du groupe de presse Ebra
(Est-Bourgogne-Rhône-Alpes) par le Crédit mutuel.
La cour d'appel de Nancy a confirmé l'annulation des délibérations prises
lors de l'assemblée générale de l'Est républicain (ER) du 27 juin 2008 qui
avait abouti à la prise de contrôlé du groupe Ebra par le Crédit mutuel.
Cette annulation avait été prononcée le 23 décembre 2008 par le tribunal de
commerce de Nancy. La décision de la cour d'appel "met en péril toute
l'architecture conçue depuis 2008 par Gérard Lignac", président du groupe
Est républicain, et le Crédit mutuel avec lequel il s'était allié pour cette
prise de contrôle, ont réagi des sources syndicales. "Pour nous, cela va
mettre un coup d'arrêt à la politique des journaux du groupe Ebra et des
autres journaux directement contrôlés par le Crédit mutuel", a-t-on ajouté
de même source. "Ça pose un problème grave de gouvernance et de légitimité".
Lors de cette AG, le Crédit mutuel avait acquis une part majoritaire du
groupe ER en s'emparant de France Est, une société qui détenait 18 % des
actions du groupe. ER possédant 51 % du groupe Ebra, le Crédit mutuel avait
du même coup pris le contrôle du premier groupe de presse régional de France
(1,1 million de journaux vendus dans 23 départements de l'Est et du Sud-Est,
soit 3 à 4 millions de lecteurs). L'augmentation du capital avait, en outre,
ramené la part d'Hersant de 27 % à 17 %, le dépossédant de sa minorité de
blocage, ce que GHM contestait. GHM réclamait, en outre, le respect d'un
protocole d'actionaires de 1997 qui consentait au groupes Hersant et Lignac
un droit de préemption mutuel sur leurs actions dans le groupe ER.
Le groupe ER, qui comprend les journaux du grand Est de la France – L'Est
républicain, Les Dernières Nouvelles d'Alsace et La Liberté de l'Est, Le
Journal de la Haute-Marne –, a acquis en juin 2006, appuyé par le Crédit
mutuel, les quotidiens de Bourgogne et Rhône-Alpes : Le Progrès, Le Bien
public et Le Journal de Saône-et-Loire, Le Dauphiné Libéré, pour former
Ebra.
LEMONDE.FR avec AFP
Lu dans l'Humanité: Presse : les combats d’influence s’intensifient
Une grosse claque pour le Crédit mutuel (CM) et le groupe l’Est républicain (ER). Mercredi, la cour d’appel de Nancy a confirmé « dans son intégralité » le jugement du tribunal de commerce de la ville prononcé en décembre 2008, annulant l’augmentation de capital du groupe l’Est républicain au profit du Crédit mutuel, qui obtenait ainsi une part majoritaire du groupe. Et ce dernier possédant 51 % d’Ebra, la manoeuvre offrait à la banque le contrôle de l’un des plus grands groupes de presse de France (1,1 million de journaux vendus dans 23 départements). Las ! Le Groupe Hersant Médias (GHM), également actionnaire d’Ebra, mais qui passait après augmentation du capital de 32 % à 17 %, perdant au passage sa minorité de blocage, a aussitôt contesté les modalités de l’entente entre l’Est républicain et le Crédit mutuel. Le jugement n’est qu’un énième rebondissement dans le bras de fer opposant GHM et CM.
Le GHM devrait pourtant se réjouir que son concurrent fasse sienne la citation de son fondateur, Robert Hersant : « La stagnation, c’est le commencement de la fin. » Que le GHM joue les vertueux, alors que le groupe s’est construit autour des concentrations dans la presse (soit 27 journaux, 280 publications gratuites réunies sous le titre Paru Vendu, huit télévisions locales) et que, aujourd’hui encore, il empêche toute implantation de concurrents en outre-mer, où il est très puissant, est pour le moins déroutant. Mais le groupe attaquait sur le fond, faisant référence à un pro-
tocole d’actionnaires datant
de 1997, qui donnait à Hersant et à Lignac (propriétaire de
l’ER - NDLR) un droit de préemption mutuel sur leurs actions. Protocole cassé par Lignac en 2008, ce que la cour d’appel de Paris, saisie par le Crédit mutuel, avait déjà jugé « abusif ». C’est donc tout bonnement une histoire de gros sous, ainsi que d’influence, au sein du groupe comme sur le lectorat.« Cette décision renforce la position d’Hersant, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les salariés », expliquait Éric Barbier, représentant du SNJ au comité d’entreprise de l’Est républicain. En toile de fond, il est encore question d’argent, même si les préoccupations des rédactions sont plus terre à terre : « Le Crédit mutuel est l’actionnaire qui nous apporte les fonds propres pour pouvoir vivre », rappelle Éric Barbier. Et de prophétiser que si Hersant décidait de « monnayer » sa position au sein du groupe, « ça risque de retomber sur les salariés ».
Ebra n’est pas le seul groupe de presse à vouloir étendre son empire. Centre France (la Montagne, le Populaire du Centre, le Berry républicain) rachète ses voisins à tour de bras. D’abord l’Yonne républicaine, en janvier. Aujourd’hui, il lorgne sur la Nouvelle République du Centre-Ouest. En demandant aux titres rachetés d’abandonner leurs statuts (coopérative ouvrière pour le premier, société anonyme à participation ouvrière pour le second), comme la Voix du Nord, rachetant le Courrier picard, l’a fait avec le quotidien d’Amiens. Une régression dans les conditions de travail, perceptible dans toute la presse régionale, comme à la Tribune-le Progrès, dont 90 % de la rédaction, inquiète de la « nouvelle organisation », était en grève mercredi. Jusqu’ici, tout va bien…